Fenêtre sur rue, de Jon McGregor

Fenêtre sur rue, Jon McGregor 

Titre original: If nobody speaks of remarkable things…

 

 

Fenêtre sur rue est un roman cinématographique. Il se côtoie deux trames inextricablement liées l’une à l’autre. Nous faisons connaissance d’une jeune femme qui a été marquée par une journée particulière. C’était un 31 aout, chaud comme un dernier gout d’été, qui s’est conclu par un drame dont les détails et les sensations restent encore encrées dans sa tête deux ou trois ans plus tard alors que sa vie bascule. Elle est enceinte d’une aventure sans lendemain, prêt à accoucher d’un avenir encore trop flou. Et à la recherche d’un soutien…

 

D’une part, Jon McGregor, par l’intermédiaire d’un narrateur omniscient, nous fais revivre cette journée, de l’aube jusqu’au soir et l’accident dramatique. Presque minute par minute, sensation par sensation, odeur par odeur, bruit par bruit. Il nous fait pénétrer dans l’intimité des maisons et des appartements, derrière les rideaux, derrière les âmes, au point de connaître mieux les habitants que leurs voisins et leurs familles. Jon McGregor capte les sensations, foisonne de détails les descriptions, peigne des tableaux extrêmement vivant.                                                                                                                      

Parallèlement, la jeune femme parle d’elle à la première personne, de ce qu’elle n’ose avouer à sa mère. Elle se réfugie dans son passé, vers son ami d’enfance dont les liens s’estompent, et d’un jeune homme qu’elle rencontre.

 

Car tout le roman est basé sur ceci : le non-dit. Ce qui se passe derrière les décors, les apparences et les gestes. Sur ces courants d’air imperceptibles que sont les pensées et les secrets. Comme ce vieil homme qui n’ose avouer à sa femme qu’il va mourir, comme sa femme qui s’en doute mais ne dit rien, comme ce vieux couple qui retrouve le désir d’un instant magique préservé derrière leurs mûrs, comme ce garçon nerveux qui aime sa voisine, la jeune femme blonde aux lunettes carrées, retient ses gestes, mais celle-ci l’ignore.

                                                                                                                                                  

          Il y a aussi les flots de parole, qui sont imbriqués à même les descriptions sans marqueur et mise en page, comme s’ils faisaient eux-mêmes partie du décor, comme s’il était eux même un rideau cachant les choses remarquables dont personne ne parle… Heureusement McGregor est là.

 

          Fenêtre sur rue est un magistral roman dont on se laisse emporter par la beauté des descriptions aux limites de la poésie en prose et par la légèreté des choses…

         



Article ajouté le 2008-04-07 , consulté 253 fois

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