Au départ d'un blogLe Syndicat des Pauvres Types, d'Eric Faye
Eric Faye est un romancier-sociologue ou un sociologue-romancier, on s'y perd. Dans le syndicat des pauvres types, il décrit Antoine Blin, archétype de cette couche de la population invisible : les pauvres types. Oublié de tous, sans ambition, sans rêve et sans espoir, Antoine Blin vit empêtré dans la routine quotidienne. Il n'a qu'un couple d'amis, frivoles et stupides, qu'il déteste depuis longtemps et qu'il ne voit qu'une fois l'an pour garder leur maison. Il fuit ses semblables car il se sent si différent, et il y a cette odeur qui ne le lâche pas. Et le souvenir de Blandine, une amoure très éphémère de jeunesse qui le hante encore. Et la deuxième Blandine, une arnaque par courrier interposé, à qui il a correspondu tout un été jusqu'à se faire escroquer le prix d'un billet d'avion, et ses vains sentiments. Mais, un soir de canicule, sa vie bascule. Alors qu'il se repose sur un banc d'un jardin public, André Denner, secrétaire du Syndicat des Pauvres Types, reconnaît en lui un semblable, un pauvre type. Antoine Blin, hésite mais se résolu à adhérer afin de redonner un sens à son existence.
Peu aprés, un nouveau miracle arrive ; il est contacté par une grande chaîne de télévision. Il sera candidat à l'élection de Monsieur-Tout-le-Monde, élection de l'homme le plus banal de France. Il la remporte et en meurt, cela nous est dit dés le chapitre 0. Eric Faye en profite pour dresser une critique acerbe de la téléréalité exploiteur de bons sentiments et du besoin de reconnaissance. Le syndicat des pauvres types est aussi une parabole du sucées éphémère. Le symbole ? Antoine Blin gagne le privilège de reposer six mois au Panthéon après sa mort. Et ensuite ? L'anonymat d'un cimetière de banlieue. Antoine Blin est écrasé par les mécanismes de la société contemporaine qui à la fois exclut puis broie au nom du spectacle la misère humaine. Touchant, émouvant, mais jamais pathétique, l'écriture d'Eric Faye, joliment et drôlement imagée, pétille l'histoire banalement triste d'Antoine Blin. Sans jamais se moquer de son pauvre type, l'auteur porte sur lui un regard bienveillant.
Sans hésitation, ce livre est un roman de sociologue. Intelligent et très riche, il permet de se questionner sur soi, sur la chance inconsidéré d'avoir des gens qui nous aime et sur ce que l'on exclut sans s'en rendre compte. A lire sans hésiter… Article ajouté le 2008-05-19 , consulté 36 fois CommentairesLiensVoir les articles de la catégorie " Le coin du ( futur ) libraire "Retour aux articles |