Souvenir n°2 : Au départ de Maastricht :
Je suis parti de Maastricht un dimanche soir. Maastricht n'était qu'une étape, qu'un départ. Je suis parti un dimanche soir, quand la ville, angoissé, s'endort à la seule pensée de la semaine qui revient. J'ai pris des trains et des bus. J'ai vu défilé des paysages, tous le temps le même, gris comme un nuage. J'ai vu des gens repliés sur eux même, ayant pour seul but le temps à conquérir.
La fille au piano : Oui, cela, moi aussi, j'ai vu. Des ombres qui passaient devant moi. Des mains qui me jetaient une pièce avec l'indifférence d'un sourire d'ascenseur. Mais, je ne me suis jamais découragée et j'ai joué en t'attendant.
Je suis arrivé dans un port battu par la pluie, un petit matin de février. Il y avait des chalutiers qui dansaient dans la rade et des cargos qu'on engrossait. J'ai pénétré dans un bar à moitié déserté. Il serait mon hôtel pour l'ensemble du séjour.
- Vous êtes venu par le bus ?
- De Maastricht. Je viens passer quelque temps ici.
La fille au piano : C'était quoi le nom de la Ville ?
Groningen. J'avais une petite chambre propre. Loin des squats de Maastricht. J'avais devant les yeux le port, et la mer qui se fracassait dessus. Le vent en rafale secouait les essaims d'oiseaux. Le ciel et la mer s'unissait en une orgie de gris et de rouleaux noirs. A Groningen, j'ai écrit beaucoup. J'ai passé des soirées dans le bar enfumée par les rire gras des marins. Je leur ai joué des textes en néerlandais et en français. J'ai récité de la poésie française qu'ils écorchaient en répétant.
La fille au piano (chantonne et joue quelques notes) :
Le sourire gâté d'une dame du Nord
Que les gens d'ici par coutume nomment Mer,
Lèche sans saveur les marins sortant du port.
Ils se noient dans le murmure lointain des terres,
Du vent qui joue dans les plumes des mouettes,
Et des roulis noirs qu'on entend les soirs d'hiver.
La cale gorgée de mots, au port je te reviendrai. La tête pleine des souvenir de Groningen, je t'apparaîtrai. C'est le poème que je t'avais envoyé. Tu ne l'as pas oublié.
La fille au piano : Je l'ai joué souvent, loin de la mer et des mouettes. Dans mon océan de béton et de pensées amers…

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